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dimanche 15 novembre 2015

À l’Homme

Qui t’a poussé couillon
À semer la terreur
À tuer au hasard
De tes lois de tes peurs
À massacrer grand con
Tes propres frères et sœurs
Vas-y d’où sont sorties
Tes idées de répandre
Tes chapelles tes écoles
Ta putain de parole
Elle vient d’où ton envie
De crever ton voisin
D’épuiser par les armes
Tout le sang de tes races
T’en as pas marre enfin
De t’enfoncer profond
Dans tes guéguerres et dans tes divisions
On n’en peut plus l’humain
De tes balles tes conneries
De tes bombes tes tueries
Et on se demande bien
Ce qu’on t’a fait bon dieu
Pour en arriver là

jeudi 12 février 2015

Le branché, cet être déconnecté

Auguste, ou appelez-le Gusto, est arrivé essoufflé en fixie au vernissage de Louis. Les deux jeunes gens sont amis et aiment le montrer de manière extravagante et raffinée. Du coup ils se font virilement la bise de barbe à barbe. 

Leur amitié vit le jour quand l'idée vint à Louis de prendre en photo (avec son iPhone 6 Plus car il avait oublié son polaroid) une bouche à égouts des Pentes de la Croix Rousse. 
Une fois saisi l'instant, Louis se souvint que sa pote graphiste Leïa lui avait filé 'toshop pour retoucher les photos de ses vacances à Berlin. Le jeune esthète voulait leur donner un effet underground avant de les glisser dans son album Facebook intitulé "BERLIN CALLING" (sur les social medias, Louis écrit toujours en lettres capitales, "parce que la typo en majuscule est plus épurée" et parce que ça lui confère un genre nonchalant, détaché mais unique et calculé). 
Bref, Leïa lui avait cracké 'toshop et Louis avait ouï dire que le montage-collage graphique de type seapunk était redevenu hype, après avoir lu le dernier article de Konbini (il n'allait pas non plus se casser une clavicule à faire du vrai collage avec du papier et des matériaux solides comme Matisse et en faisant une MANAA, quand même, sachez que derrière la moustache post-pubère en forme de guidon de Louis se cache un doux branleur). 
Ainsi à l'aide de son logiciel de PAO fraichement cracké, il ajouta un filtre en incrustation sur sa photo de bouche à égouts des Pentes de la Croix Rousse, laissant évaporer une ambiance un peu rosée ("atmosphérique comme la dernière couv' de l'EP de Rodhad sorti en édition limitée chez Mitte Musik. Tu connais pas Rodhad ? Mais si, Rodhad enfin !" comme il aime le dire) mais tranchée par un immense triangle noir balancé sur le tout de manière barbare, lequel donnait à la photo un genre "dark et pur à la fois, sombre et caverneux mais limpide, tu sais". 
"Ce triangle ressemble à un V !" Louis se saisit rapidement de l'occasion et écrit HEAVEN à l'aide de ce triangle-V. Effet garanti, "c'est vraiment artistique Louis" lui concède Marylou, sa copine blogueuse mode. Une photo de Jacques Chirac en arrière-plan et le tour est joué. 
Fier, Louis se créé dans la foulée une page Instagram "LOUIS'ARTWORK" et s'auto-proclame artiste plasticien. Gusto avait tout de suite liké l'oeuvre. Et les deux bonshommes se lièrent solidement d'amitié virtuelle puis physique au bord d'un verre de cette bière brune de Brooklyn que l'on ne sert qu'au Redwood. 

Encouragé, Louis s'acheta un Canon reflex réglé sur mode automatique et pondit dix autres bouses graphiques et fades. Et son ami Gino, patron d'un bar sans gluten bio et végétalien spécialisé dans le cocktail à base de sucre de betterave lui permit d'entrevoir la gloire : "et si je t'organisais un vernissage ma caille ?".

Ainsi, c'est un Gusto transpirant et grattant sous sa barbe qui tapait la bise à Louis lors du grand soir. "Pfff, mon fixie est chaud à piloter, je suis obligé de rouler à 5km/h dessus sinon je tombe, quoi" souffle Gusto en peinant à descendre de son vélo, le jean ultra-slim Urban Outfitters acheté à Montréal n'aidant pas à la tâche. "Ouais mais la géométrie de ton cadre est absolument dépouillée, l'objet coule tout seul, il est magnifique, comme si Stark avait fait l'amour à l'épuration, tu vois ?" rétorque Louis. "C'est vrai" conclue Gusto en s'allumant une Gauloise.

Une musique minimaliste répétitive et chiante tabassait les murs en vieilles pierres du bar de Gino. "C'est un pote de Detroit qui fait ce son, c'est cher quali" balance Louis à Gusto. "Tellement" répondit vaguement Gusto en étant davantage occupé à chercher du regard les plus belles filles à bonnet Carrhart de l'assemblée. 
La douzaine d'hipsters et de normcores entassés autour de bols de cacahuètes se délectaient à inventer une histoire et un background aux croutes de Louis. "Je pense qu'il dénonce l'hypersexualisation de la femme avec cette photo d'Arlette Chabot, regarde quoi, la rage qui transparait de ce triangle en explosion" osa même Valentine, étudiante en marketing et un peu éméchée par sa bière Tsing Tao. 
Tous se parlaient beaucoup sans s'écouter. Chacun essayait de paraitre le plus brillant, le moins mainstream. Avoir vu un film coréen que personne d'autre n'avait vu était une victoire exclusive, et se vanter seul de la profondeur du scénario était une jouissance. Les filles à bonnet Carrhart s'instagramaient à outrance. Ce vernissage était un sommet de l'ego, un G8 de la course au like.

Après une soirée entière à ruminer des thèses hasardeuses sur l'art et à parler de la dernière paire de running Nike ou de l'effondrement de la carrière de Johnny Depp, la soirée prit fin. À minuit, tout le monde se pressa pour prendre le dernier métro en se saluant avec esbroufe. Louis et Gusto se firent la bise en se promettant de bruncher au resto arménien le lendemain matin. 

Ils étaient tous contents de s'être fait chier. 

C'était donc ça "être branché" : se complaire dans l'ennui et dans une vaine et laide recherche de sophistication.


jeudi 29 janvier 2015

France-Espagne, rivaux viraux

Notre rivale, et c'est viral, c'est l'Espagne. Nous adorons détester les Espagnols. Nos cousins latins, comme les Italiens, nous énervent car ils nous ressemblent beaucoup et trop peu à la fois.

Leurs sossotants "sí sí" d'impératrice ou leurs Kinder buenos días nous agacent autant que leurs raclures de gorge. Si pour chaque j elle nous joue un r, la langue espagnole aime également faire des b avec des v. Gare à la précocité dans ce pays où "vite" devient "b…" ! Vref. 
Dominguez, Rodriguez, Perez, Fernandez, Pèrelachez, Fadiez, Charentez... La singularité des noms espagnols fait qu'on a envie de les conjuguer à la deuxième personne du pluriel. Et pour les arrogants Martin, Dupont ou Durand que nous sommes, ces noms prenant trop d'aise nous excèdent. Et puis un pays où on dit "hola" pour dire bonjour, non mais allô !
Et ils s'auto-proclament rois de la charcuterie, bien que leur cochonnaille fasse rire les Ardéchois, eux, les véritables compositeurs des quatre salaisons. Eh oui, Espagne : là où ton art déchoit, c'est quand tu commences à planquer un mauvais sauc' sous une couche de piment. Ça m'étonnerait à peine que "chorizo" veuille dire "cache-misère". Enfin, ne vous y méprenez pas, il y a quand même des gens bons en Espagne et pas que des sales amis.
Ah, et ils ont un roi ! Quelle désuétude, Jean-Charles ! Une couronne en Espagne… c'est pas réel, Madrid ! Surtout quand on a l'ETA aux basques. 

Qué ?

Enfin, outre ces considérations chauvines primaires, c'est surtout en sport que les Espagnols nous agacent. Quand ce n'est plus l'heure de la sieste, l'Espagnol libère l'Ibère qui sommeille en lui.
Dans toutes les compétitions il brille comme le sourire de Javier Bardem. 

Ils se sont approprié le foot des Anglais en se faisant un plaisir de leur mettre des bâtons dans les roux. "Sergio Ramos, tapas est magnifique !" dira souvent Iker, en surveillant le ballon sous tous les angles. Et en attaque, il était quand même cool Raùl. À Barça, rien d'autre à dire. 
Les Espagnols gagnent aussi notre Tour de France, I'm singing Indurain ! Et Alberto, qu'on t'adore ou qu'on t'haïsse, reconnaissons que tu es fort. 
Chez Roland, gare aux coups droits de Nadal, pour qui le revers est une victoire. Face à lui, la terre est battue à un point tel qu'on y découvre un Roger fait d'erreurs. 
Même au basket, les frères Gasol carburent au gaz pas chaud et nous lancent des tomates. 

Leur meilleure attaque, c'est l'offense !

Surtout, les Espagnols ont été jusqu'à transformer le handball, sport nordique, en spécialité sudiste le temps d'un mondial. Un peu de la même manière que nous Français, avons lâchement volé la frite aux Belges (une de nos meilleures blagues belges, soit dit en passant, tu es dans les choux Bruxelles !)*. 

Le temps est aux retrouvailles : France et Espagne vont de nouveau croiser le fer, balle à la main. Il nous faudra un Thierry au meilleur de sa forme, un Karabatic carré et bâti, un mythe de Daniel Narcisse plus beau qu'une fleur pour reconquérir cette couronne perdue. Il faudra les endormir. Quand on hiberne l'hiver, on y berne l'Ibère. 
Pour gagner cette demi-finale, la France devra franchir un cap, que dis-je un cap, une péninsule ! Ce match sera un immense challenge pour les experts, ex-perdants du Mondial. Sachez-le, chers adversaires, ce ne seront pas des experts ami-ami ! 

Quoi qu'il en soit, Espagnols, vous aurez l'honneur de nous offrir encore une belle lutte. Et même si vous avez un cheveu sur la langue, nous sommes très bien placés, chers rivaux, pour dire au monde entier que vous n'en avez pas un dans la main quand il s'agit de nous battre. 

Que le meilleur gagne** !

Nikola Karabattu ?

* en même temps, Belgian Fries sonne tellement moins bien que French Fries. Mais nous nous éloignons du sujet, et je parle bien assez de patates dans mes articles. 
** et si possible, qu'il soit français !

lundi 19 janvier 2015

Charlie, balle de break ?

Permettez-moi de revenir, chère lectrice, sur cet article du Monde qui compila mercredi les réactions de certaines autorités et instances musulmanes à la suite de la parution du « Charlie Hebdo des survivants ». Après le rassemblement du 11, on aurait presque pu croire au miracle. Eh ben nan c’est loupé, faut croire qu’Allah, Dieu, etc. n’est pas si grand que ça : elle n’est pas passée, la « une ». A l’heure qu’il est, elle est même encore en travers des soutiens-gorge. Tout n’est pas pardonné.


La larme à l’œil, faisons donc la liste tristement linéaire des réactions des uns et des autres :
« Tout sauf le Prophète », a-t-on pu lire sur les banderoles des manifestants de Nouakchott. Impossible, les gars, aucun messie ni prophète n’a droit en France voltairienne à un traitement de faveur.
Une caricature « blasphématoire ». On est d’accord avec le Parlement pakistanais. On lui précise juste qu’en France, le blasphème est un droit. Un acte « haineux ». Alors là, non. Un acte irrespectueux, oui. Et l’irrespect, ça se respecte.
D’après le ministre pakistanais des affaires religieuses, « les médias qui ont publié ces croquis devraient être interdits, toutes les copies devraient être confisquées et brûlées ». De grâce, n’aggravons pas l’effet de serre.
« L’abus de la liberté d’expression, qui est répandu actuellement en Occident, n’est pas acceptable et doit être empêché. » Par quels moyens, s’il vous plait, Madame la porte-parole de la diplomatie iranienne ? Quelle horreur.
« Aujourd’hui, contrairement à dimanche, très peu de musulmans à travers le monde sont Charlie. » Pour le chef de la diplomatie jordanienne, « être Charlie » n’a donc rien à voir avec la liberté d’expression. Le seul avantage d’un slogan pas clair, c’est de faire taire les passions au moment de rendre hommage aux victimes.
Le Front d’action islamique, parti d’opposition jordanien, exige de Charlie Hebdo qu’« il présente des excuses pour cette atteinte délibérée ». Si elle avait le 06 du Prophète, la rédac’ ne manquerait pas de l’appeler !
 « Aucune personne sensée, quelles que soient ses convictions, sa religion ou sa foi, n’accepte qu’on ridiculise ses croyances » d’après le secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique. Je suis donc fou.
Certain grand ayatollah iranien évoque « une déclaration de guerre à tous les musulmans ».
Wha. Certains de nos amis, très français et très libres, appelleront ça de la connerie démesurée, et nous pourrons les comprendre. Mais au milieu de ce ramassis de réactions aussi grosses que mon coblogueur, certaines sortent de l’eau et ont au moins le mérite d’interpeler :
Selon le patriarche des coptes orthodoxes d’Égypte, cette insulte « ne contribue absolument pas à la paix mondiale ».
Pour le grand mufti d’Égypte, il s’agit d’« une provocation injustifiée à l’encontre des sentiments des musulmans du monde entier ».
Pour le grand mufti de Jérusalem, « cette insulte a blessé les sentiments de près de deux milliards de musulmans dans le monde ».
Permettez-moi, chère lectrice, de développer un peu. Ce qui est important aujourd’hui, c’est de poser les bonnes questions et de résoudre les bons problèmes. En une semaine, le peuple français s’est rassuré sur ses valeurs séculaires mais s’est attiré bien des foudres ; force est de constater que l’après-sept-janvier est plus tendu que l’avant-sept-janvier. Or, une bonne question me semble être :
Notre aspiration très française à une liberté d’expression décomplexée par l’évolution de notre rapport à la religion justifie-t-elle de mettre en danger la coexistence pacifique des différentes communautés de ce monde ?
Arrêter les caricatures de Mahomet, au nom de la paix, est-ce vraiment donner raison aux barbares du 7 janvier ? Eux qui ont déjà tout perdu aux yeux d’Allah, Dieu, etc. et de chacun. Continuer les caricatures, c’est très flatteur pour la France car c’est poursuivre ce combat unique au monde qu’est celui des Lumières, mais c’est aussi continuer d’exacerber, dans ce même monde, des tensions déjà bien à vif, voire grossir les rangs des vengeurs. Est-il nécessaire que la France prenne ce risque majeur au nom de Voltaire ? Quid d’un break ? Quid de calmer le jeu ? Charlie, tu n’es pas méchant, tu es même très bon, tu es même génial, mais au vu des remous que tu crées, malgré ta bonté, dans la piscine de l’humanité, ne prendrais-tu pas une petite pause ? Ce ne serait pas de la peur ; ce serait aider le monde musulman. Lui donner le temps de réfléchir aux moyens d’attaquer, uni, serein, le mal à la racine : l’islamisme. Lui donner, au monde musulman, à ses éclairés, à ses intellectuels, à ses chefs spirituels, le temps de réformer l’Islam ! Et de grâce, gardons-nous de lui faire la leçon ! De lui imposer notre modèle ! Dans ce billet, à faire connaître, tout est si bien dit.

Peut-être qu’un jour – béni par Allah, Dieu, Jésus, Mahomet, etc. – à tant rire des dessins de Charlie Hebdo, tous les barbus et tous les imberbes se casseront une clavicule, tous ensemble. En attendant, la liberté d’expression de la France s’arrête là où commence l’avenir de l’Humanité.

dimanche 11 janvier 2015

L’irrévérence, ça se respecte !

C’est en pleine Merde du Nord que j’appris la nouvelle. Elle sortit de la bouche culotte (voilà ce qui arrive quand on a la tête dans le cul) d’un collègue bon vivant que je citerai si j’ai envie. Ce bon vivant, qui n’était d’ailleurs à l’heure qu’il était ni bien bon ni bien vif dans son une-pièce à deux balles, me regardait de son air hagard, suppliant qu’il était de lire sur ma tronche casquée la preuve de mon approbation, sinon globale, du moins partielle. Mais son histoire sonna si absurde à mes oreilles que je ne l’approuvai guère. J’étais même persuadé qu’il était saoul et le traitai de trou normand. Il m’en voulut. Je ne voulais pas du fruit défendu de son imagination, moi ! Nous travaillions dans le blizzard et je préférais manger ma pomme-dedans ! Mais il insista. Il haussa le gros ton ; il fallut faire le dos fin. Et si son histoire était vraie ?

En sortant de mon silence, je savais que j’entrais dans son jeu. Je finis par dire à mon trou (pas de Bâle, puisqu’il est normand) que son histoire me laissait pantois. « Pends-toi toi-même ! » qu’il me dit. Faut dire que nous étions sur la corde raide au milieu de cette mer, dans ce blizzard. « Faisons une pause » que je lui dis. Je lui proposai une partie de sud au cul mais il était trop à l’ouest pour jouer. Il valait mieux finir le travail avant que le ciel nous tombe sur la tête. Nous revînmes vite à nos boulons.

Voici l’histoire à laquelle je ne pouvais croire. Deux islamistes radicaux lourdement armés s’étaient introduits de force dans les locaux de Charlie Hebdo, en plein Paris, en pleine journée, assassinant douze personnes dont sept dessinateurs et rédacteurs, et en blessant onze. « Vous allez payer car vous avez insulté le Prophète ! » qu’ils ont gueulé. Montrer le Prophète à poil, fesses à l’air à la Brigitte Bardot, c’est insulter l’Islam, faut reconnaître. Parler de sa « pute de neuf ans », c’est aussi insulter l’Islam. « Le Coran, c’est de la merde, ça n’arrête pas les balles », faut dire que c’est insultant comme une. Tout comme le « dîner de cons » de Jésus, d’ailleurs. Représenter le Père, le Fils et le Saint-Esprit en train de concevoir Mgr Vingt-Trois. Christiane Taubira en singe, Marine Le Pen en merde, le pape François en Nabilla. C’est insultant, tout ça aussi.


Charlie Hebdo est un journal satirique irrespectueux par essence. Il est le symbole en France et dans le monde de la liberté d’expression sans limite. Charlie Hebdo traite tous les sujets, surtout les sensibles, avec la même irrévérence. « Aller trop loin » n’est pas Charlie Hebdo. Si on aime Charlie, on est triste aujourd'hui. Si on n’aime pas Charlie, on est triste aussi. Triste de voir des hommes opposer le feu des Kalachnikov à l’imagination des crayons et des plumes. Triste de voir des hommes déclarer la guerre armée à ceux, sans défense, qui ne font « que » penser tout haut. C’est ! Leur ! Droit ! Charlie Hebdo n’a jamais tué personne. Tuer n’est pas un droit.

« Tu insultes ma religion donc je te tue ; comme ça, tu ne recommenceras plus. » En ce début d’année 2015, ce simulacre de raisonnement est (encore) possible. Des hommes sont prêts à tout, même à mourir, pour le mettre en pratique. C’est contre ce genre de sauvagerie du corps et de l’esprit que le monde s'est uni aujourd'hui. C'est grand.


En ce début d’année 2015, il est pourtant des façons civilisées, de ne pas être d’accord : le débat ; de se défendre : le tribunal. Mais face aux provocations de Charlie Hebdo – ce que sont à l’Islam les caricatures de Mahomet – la meilleure des ripostes tient peut-être dans ces quelques phrases prononcées il y a deux ans, au nom des musulmans :
« Même si notre cœur est blessé, notre intelligence doit avoir la dignité de ne pas répondre et de regarder au-delà. […] La seule attitude noble, […] c’est d’ignorer ces attaques, regarder au dessus en disant nous sommes Français, nous sommes pour l’avenir de la France. »
Accepter nos différences et nos différends. Ces considérations dépassaient naturellement les cerveaux fanatisés des Kouachi-dessus (pour reprendre ce mot de mon co-blogueur). Ils ont cherché Charlie (sans que Charlie ne songe à les « chercher ») et l’ont malheureusement trouvé (sans que Charlie ne trouve malheureusement à qui parler). La puissance de leur mitraille n’est révélatrice que de l’inexistence de leur argumentation. Tuer est aveu d’impuissance. Même si, à compter les morts, on ne dirait pas. Charlie a perdu ses piliers et la France une partie de son élite. Il est de notre devoir de continuer la route et de faire de l’attentat du 7 janvier la victoire de nos valeurs.

mardi 23 décembre 2014

Esprit de Noël

Ça sentait le sapin depuis un petit moment. Cette année, tout commença place Vendôme. Un beau matin d’octobre où il faisait vingt degrés, les nez fins qui sortaient du Ritz se plaignirent de ne point humer, comme à l’accoutumée, cette fragrance « très Paris » des gaz d’échappement. Bien pire, ils déplorèrent une vieille odeur de sapin, intenable – comme toute odeur d’ailleurs. Ils soupçonnèrent d’abord le plus mort de la place, Napoléon Bonaparte, avant de se souvenir « qu’il était enterré au père Lachaise ». Très intrigués, ils prirent le taxi pour aller inspecter les moindres recoins de la place. Ils n’avaient pas fait dix mètres qu’un piquet de chantier immobile les arrêta : on procédait à l’érection de Tree, en vert ; et contre tous ? Deux jours durant, il émana du jouet géant une odeur de sapin selon les uns, de merde selon les autres, qui finit par gagner la France entière. Maintenant, tout le monde a bien les boules : c’est Noël. 


Et qui dit Noël dit… esprit de Noël. L’esprit de Noël est à Noël ce que l’esprit de Pâques est à Pâques. De même que l’esprit de l’Epiphanie, c’est la galette, l’esprit de Noël, c’est… la gerbe. Vous rappelez-vous le 1er décembre, ce lundi où vous vous ruâtes sur les chocolats du calendrier de l’Avent ? Et après, me direz-vous ? Ben après… C’est pareil ! On ne change pas un bide qui gagne ! Le foie gras, le saumon, les huîtres, le caviar, le chapon, les marrons, la bûche, les papillotes ! « On est foutus, on mange trop ! » 

Comme le disait un autre artiste de renom, l’esprit de Noël, c’est « la grande bouffe »… « Et les p’tits cadeaux » ! Car à Noël, on pense aux autres. Au p’tit Jésus par exemple, qu’on remercie d’être né car sans lui, on ne serait pas tant gâtés ! On remercie aussi Joseph et Marie de s’être aimés dans la mangeoire. C’est vrai, quoi ! Sans eux, le 24, ce serait seulement la sainte Adèle. Sans demander l’avis d’Adèle, on regarderait des photos d’elle, pour éviter de se faire trop chier… Et puis le 25, ce serait seulement la saint Noël, mais on ne regarderait pas des photos de Mamère pour autant ! 

A Noël, on nous vend beaucoup de rêve. Comme des cons, on achète. A la télé, dans les journaux, on nous vend des flocons blancs comme neige, pour ne citer qu’eux. Tout ce qu’on récolte, c’est cette bouillasse grise qui tombe sur Paris une fois tous les dix ans, hot saison oblige. Noël, c’est quand même bien relou. C’est férié. Les crèches sont fermées. Faut se taper les mioches. Tu avais prévu de faire un bœuf entre amis ? Oublie, va falloir faire l’âne sous le sapin. Sentir les chaussettes de près. Faire croire que papa Noël avait les clés. C’est quand même le seul matin de l’année où on s’emmerde avec deux pères. Comme si un seul ne suffisait pas ! Une paire de pères, c’est comme la dinde, faut se la farcir ! 

D’ailleurs, je me demande pourquoi on parle d’esprit de Noël. Je ne trouve pas qu’il y ait plus d’esprit à la Noël qu’à la Chandeleur. Comme toujours, la blagounette à deux boules fait sourire, mais pas assez pour se casser une clavicule. Voyez plutôt : les rennes sont bretons !